Sur The Conversation, Nicolas Charles, sociologue, analyse les conséquences de la massification de l’enseignement supérieur, c’est-à-dire l’augmentation importante du nombre d’étudiants accédant aux études supérieures. Depuis plusieurs décennies, les politiques publiques ont encouragé cette démocratisation afin de permettre à davantage de jeunes d’obtenir un diplôme et d’améliorer leur insertion sur le marché du travail. Toutefois, selon l’auteur, cette massification s’est souvent accompagnée d’un financement insuffisant, donnant naissance à un modèle qualifié de low cost.
Ce modèle repose sur un compromis politique : ouvrir largement l’accès aux études tout en limitant les dépenses publiques. Ainsi, le nombre d’étudiants a fortement augmenté, notamment depuis les années 2010, mais les moyens alloués aux universités n’ont pas suivi cette croissance. Les dépenses par étudiant ont même tendance à diminuer, ce qui entraîne des conditions d’études plus difficiles et des ressources pédagogiques limitées.
Le sociologue souligne que cette situation peut produire plusieurs effets négatifs. D’abord, elle favorise l’apparition de formations de qualité inégale, certaines institutions ou filières manquant de moyens pour assurer un encadrement pédagogique satisfaisant. Ensuite, la massification contribue à renforcer la « tyrannie du diplôme initial », c’est-à-dire l’importance déterminante du premier diplôme obtenu dans la trajectoire professionnelle. Les étudiants doivent réussir rapidement leur orientation et leurs études, car il devient plus difficile de changer de voie par la suite.
Ce système peut également accentuer les inégalités sociales. Les étudiants issus de milieux favorisés disposent souvent de ressources supplémentaires pour choisir des formations plus prestigieuses ou se réorienter en cas d’échec. À l’inverse, ceux qui fréquentent les filières les moins dotées peuvent se retrouver enfermés dans des parcours moins valorisés, ce qui limite leurs opportunités professionnelles.
Face à ces limites, le chercheur appelle à repenser le modèle de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’objectif ne devrait pas seulement être d’accueillir toujours plus d’étudiants, mais aussi de garantir la qualité des formations et la possibilité de parcours plus flexibles. L’auteur plaide notamment pour un système qui reconnaisse le droit à l’erreur et facilite les réorientations ou les secondes chances au cours de la vie étudiante.
The curator
Article. Enseignement supérieur : le piège de la massification low cost