Dans ce papier publié dans le dernier numéro de la revue tic&société, Clara Galliano analyse les enjeux contemporains de la science ouverte face aux dynamiques de captation des connaissances par des acteurs privés, en particulier dans le contexte du capitalisme de plateforme. La chercheuse met en lumière les tensions entre, d’une part, une volonté de diffusion libre et collaborative des savoirs scientifiques et, d’autre part, des logiques économiques fondées sur l’appropriation et la valorisation marchande des données et des productions intellectuelles.
L’autrice commence par rappeler que la science ouverte repose sur des principes d’accessibilité, de transparence et de partage des résultats de recherche. Elle s’inscrit dans une tradition académique valorisant la circulation des connaissances comme biens communs. Cependant, cette vision est depuis quelques années mise à l’épreuve par la montée en puissance de grandes plateformes numériques et d’éditeurs scientifiques qui captent, organisent et monétisent ces contenus. Cette captation, véritable phénomène d’enclosure, s’opère notamment à travers les infrastructures numériques, les bases de données ou encore les outils d’analyse qui deviennent indispensables à la production et à la diffusion de la recherche. L’article souligne ensuite que cette situation engendre une forme de dépendance des chercheurs et des institutions à l’égard de ces acteurs privés. Ces derniers imposent leurs standards, leurs formats et leurs conditions d’accès, ce qui peut limiter l’autonomie du monde académique et renforcer des inégalités d’accès à la connaissance. Dans ce contexte, la science ouverte apparaît à la fois comme un idéal et comme un terrain de lutte.
Clara Galliano montre que les initiatives de science ouverte peuvent constituer des alternatives, en promouvant des infrastructures publiques, des archives ouvertes et des modes de gouvernance plus collectifs. Toutefois, ces alternatives restent fragiles et souvent confrontées à des contraintes économiques, techniques et institutionnelles. L’autrice insiste sur le fait que la simple ouverture des données ne suffit pas : il est nécessaire de repenser les modèles économiques et les rapports de pouvoir qui structurent l’écosystème scientifique.
Enfin, l’article adopte une perspective critique en soulignant que la science ouverte elle-même peut être récupérée par des logiques de marché, notamment lorsque les données ouvertes sont exploitées à des fins commerciales. Ainsi, loin d’être une solution évidente, elle constitue un espace de tensions et de négociations entre différents acteurs. Il s’agit au final d’envisager la science ouverte non seulement comme un projet technique, mais comme un enjeu économique central, nécessitant une vigilance constante et des choix collectifs pour préserver le caractère public et partagé de la connaissance.
The curator
Article. La science ouverte comme alternative à la captation du savoir par les plateformes