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Contribution. Photographies de Max Weiss et ethnies rwandaises. Réflexion sur les mots de recherche dans l’archive iconographique de l’ancienne « Société coloniale allemande »

mercredi 25 mars 2026, par Ghislain Chasme

Anne D. Peiter propose Photographies de Max Weiss et “ethnies” rwandaises, une réflexion critique sur l’usage des catégories ethniques dans les archives photographiques issues du contexte colonial allemand. À partir d’un corpus d’images réalisées par le photographe et explorateur Max Weiss, conservées dans les fonds de l’ancienne Société coloniale allemande, l’autrice interroge les modalités de description et d’indexation de ces documents visuels. Le point de départ de l’analyse repose sur une question centrale : comment décrire ces photographies aujourd’hui sans reproduire les catégories raciales et ethniques construites à l’époque coloniale ? En effet, les images étudiées sont accompagnées de mots-clés tels que « Hutu », « Tutsi » ou « Twa », présentés comme des catégories évidentes et naturelles. Or, ces classifications reposent sur des théories raciales européennes, notamment l’hypothèse hamitique, qui ont contribué à figer des identités sociales complexes en « ethnies » hiérarchisées. Anne D. Peiter montre que ces représentations ont joué un rôle majeur dans la construction d’une vision essentialisée des populations rwandaises. Les photographies de Max Weiss participent ainsi à une mise en scène des corps, visant à illustrer des différences supposées physiques et morales entre groupes. Les Tutsi sont par exemple décrits comme supérieurs et aristocratiques, tandis que les Hutu et les Twa sont dévalorisés selon des critères pseudo-scientifiques. Cette production visuelle s’inscrit dans une logique coloniale de classification et de domination.

Au-delà de l’analyse historique, le texte met en lumière les enjeux contemporains liés à la gestion de ces archives. L’autrice critique notamment les pratiques d’indexation actuelles, qui reprennent parfois sans distance critique les catégories coloniales. L’utilisation non contextualisée de ces termes dans les bases de données contribue à naturaliser des concepts pourtant historiquement construits et lourdement chargés, notamment au regard du génocide des Tutsi en 1994. Enfin, l’article invite à repenser les outils documentaires et les métadonnées associées aux images. Il souligne la nécessité d’adopter une approche réflexive, capable de contextualiser les termes employés et de rendre visibles les conditions historiques de leur production. L’enjeu est double : éviter la reproduction de schémas racistes hérités du passé et proposer une lecture critique des sources visuelles. Ainsi, ce travail s’inscrit à la croisée de l’histoire coloniale, des études visuelles et des sciences de l’information. Il met en évidence le rôle des archives dans la construction des savoirs et souligne l’importance d’un usage critique des catégories descriptives dans le traitement des documents historiques.


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