Mathilde Miguet et Françoise Paquienséguy interrogent ici (Distance et médiation des savoirs N° 53/2026) la place des apprenants à distance dans les dispositifs de formation contemporains, en s’appuyant sur les travaux fondateurs de Viviane Glikman. Elles mettent en évidence un paradoxe central : bien que la formation à distance (FAD) se présente comme ouverte et accessible, elle reste souvent peu adaptée à la diversité réelle des publics. Historiquement, ces publics ont été envisagés de manière abstraite et homogénéisante (apprenants isolés, empêchés, passifs), ce qui a influencé la conception de dispositifs parfois déconnectés des usages effectifs. L’article souligne ainsi la nécessité de dépasser une vision technocentrée de la FAD pour adopter une approche inclusive, prenant en compte la diversité des profils, des contextes et des besoins. L’inclusion ne se limite pas à l’accès aux ressources, mais suppose une participation effective des apprenants aux processus d’apprentissage. Cela implique de repenser les dispositifs comme des espaces de médiation intégrant dimensions pédagogiques, sociales et technologiques.
Quatre leviers principaux d’une ingénierie pédagogique inclusive sont identifiés. D’abord, le design pédagogique doit proposer des parcours structurés, accessibles et adaptables, notamment via la modularisation et la multimodalité des ressources. Ensuite, la motivation des apprenants est essentielle : elle repose sur le sentiment de compétence, l’autonomie et l’appartenance sociale, nécessitant des activités interactives et contextualisées. Le tutorat constitue un troisième levier clé, en assurant un accompagnement humain indispensable pour soutenir l’engagement et prévenir le décrochage. Enfin, la prise en compte des publics empêchés (contraintes sociales, économiques, cognitives ou techniques) doit être au cœur de la conception, dans une logique de transformation des dispositifs plutôt que de simple compensation.
L’article aborde également deux débats contemporains. D’une part, il questionne la supériorité supposée de l’alternance, souvent valorisée comme modèle idéal, en montrant que les dispositifs hybrides peuvent articuler efficacement théorie et pratique, et renforcer l’accessibilité. D’autre part, il analyse le rôle des réseaux sociaux comme espaces d’apprentissage informels : s’ils favorisent les interactions et l’engagement, ils posent aussi des enjeux de fiabilité des contenus, de régulation et d’inégalités d’usage.
Mathilde Miguet et Françoise Paquienséguy défendent au final une conception renouvelée de la formation à distance, fondée sur une ingénierie pédagogique systémique et inclusive. Celle-ci doit articuler design, motivation, accompagnement et accessibilité pour garantir une participation équitable de tous les apprenants. La FAD apparaît ainsi non comme un simple outil technologique, mais comme un levier potentiel de démocratisation des savoirs, à condition d’intégrer pleinement la diversité des publics dans sa conception.
The curator
Article de revue. Apprenants à distance, des publics oubliés ? Vers une ingenierie inclusive entre hybridation et médiations numériques